Le monde est un salon. Un tout petit salon avec un canapé blanc. Ils sont assis, chacun à un bout, presque trop loin l'un de l'autre. La pièce est vide, pourtant l'air est lourd, pesant, dur à respirer. Elle le fixe de ses yeux sombres, s'engouffre dans le puits clair de son regard. Il ne peut pas s'empêcher de regarder ailleurs. Autour d'eux les nuages s'accumulent. Il est gêné, comme une proie apeurée son regard esquive ses hanches et d'un clignement d’œil il espionne sa poitrine en remontant le long de son cou. Elle ne voit pas la peur dans le noir des nuages, elle y voit de l'envie, de l'envie teintée d'une goutte de courage. Ils ne bougent plus, ils ne respirent plus.
Elle est calme mais lui s'affole. Le monde gronde autour d'eux, il le sent. Le monde veux s'écrouler. Elle finit par sourire, ce petit sourire en coin qui lui plisse légèrement les lèvres. C'est une proposition. Ses yeux s'illuminent de provocations, d'insinuations. Il reconnait l'invitation et ne doit pas, ne peut pas, refuser. Le vent se lève et emporte les feuilles mortes du doute. Elle avait raison, les nuages noirs sont pleins d'envie. Il se fait diriger comme un pantin, d'un plissement de nez elle lui suggère de glisser son bras derrière son dos, d'un haussement d'épaule de lui caresser la nuque. En clignant les yeux elle déclenche la première averse, un petit baiser timide entre sa joue et sa bouche. Elle l'a évité sciemment et savoure la tension qui monte en lui, prêt à exploser. Mais avant que le vent ne tourne elle l'attire à elle, lui passant les mains autour du cou. Il est à elle.
Le premier vrai baiser leur fait l'effet de la foudre. Il peut sentir les cendres de sa peur dans l'air. Son cœur à elle explose avec le tonnerre. Elle peut sentir son envie ruisseler sur son cou, ses hanches. Elle cherche d'abord un abri à ses baisers trop rapides, s'accrochant à lui, le retenant contre elle. Mais le vent est doux et frais dans cette atmosphère lourde. Elle finit par se laisser emporter. Son envie devient finalement leur envie. Le tonnerre gronde déjà fort lorsque leurs vêtements atterrissent au sol. Le monde est déchiré par leurs caresses, par les éclairs. C'est elle qui dirige les bourrasques maintenant, qui l’inonde d'envie et de plaisir. Le monde se désagrège, ils sont perdus dans l’œil du cyclone. Le vent tourne d'elle à lui, de lui à elle, sans fin. Plus rien d'autre n'existe que leur tempête.
Aucun d'eux ne sait exactement quand l'orage s'est arrêté. Elle reprend conscience du monde qui l'entoure dans ses bras. Sa poitrine la berce, elle est en sécurité. Il brûle encore avec les éclairs, son cœur bat toujours avec le tonnerre. Il la serre contre lui. Elle est à lui. Le vent pousse quelques feuilles mortes vers elle, le doute, la peur. Le monde est calme pourtant, apaisé. Il la rassure d'une caresse dans les cheveux et mieux encore, lui envoie un petit rictus familier.
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