Mélange de deux rêves, un court du 31 janvier et un plus long du jour suivant.
La fête faisait rage. Les flammes du feu dansaient avec un rythme étrange, dans un monde loin de nous. Presque tout le monde était debout sur leurs sièges, sautant, criant, dansant, buvant. Le camp entier était en extase, en libération mentale. La bière coulait à flot et les plus jeunes titubaient déjà dans leur gigue psychédélique. Les plus anciens avaient déjà sortis les liqueurs étranges, l’absinthe étant réservée aux plus courageux. L'alcool des rêves et des histoires. Je ne sais pas combien de verres j'ai bu, mais aucun n'était vert. Plutôt jaune pâlichon. J'ai beaucoup dansé, peut être même chanté. La révélation a mis du temps à venir.
Il me fallait apprendre à parler Gitan. Telle était ma leçon de bouteille. Les gitans ont les histoires dans leurs paroles, l'imagination court dans leurs contes comme le lapin dans les broussailles. Le prix pour apprendre le langage des rêves est élevé. Certains disent qu'on doit y laisser un doigt. D'autres parlent d'y laisser sa main. Les mauvais conteurs y perdraient même la vie. Mais quand le patriarche m'a découvert, il n'a rien dit de tel. Il voulait être sûr - et quelques coups de bâtons dans l’estomac suffisent pour ça - que je ne voulais pas apprendre sa langue pour séduire ses filles.
Le réveil a été dur, plus dur que la castagne de la veille. Le sol était froid, ma tête lourde et les coups dans l'estomac étaient sûrement les pieds de mon voisin d'agonie. La lumière pâle me brûle les yeux et ma bouche est remplie de sable. Si les gitans me voyaient, ils auraient sûrement pitié. J'ai réussi à dormir au pied du banc. Il avait pourtant l'air confortable ce banc, quand j'y repense. Mais le sol devait être plus facile à atteindre. Il n'y a plus de feu, j'ai dormis dans une ancienne école. Je reconnais la pièce, avec la trace sur le mur où le vieux tableau trônait. Il n'est plus là. Tout est fade et tout s’efface. Les murs s’effritent et même l'odeur âcre des toilettes ne semble pas vraiment là. L'absinthe fait encore battre mon cœur. Il faut maintenant que je parte, loin et vite.
Les rues sont étroites. L'air est frais, mais les gens sont quand même de sortie. Il me faut zigzaguer et éviter tout le monde. Je suis en retard, pourtant le chemin semble sans fin. Je connais cette rue, je connais cette ville. Mais ce matin tout est étrange. Les pavés ont changé, suis-je devenu un étranger chez moi ? Mes souvenirs ont pris la fuite, la bouteille verte les pourchasse et les abattra un à un. Sur cette fontaine j'ai dominé le monde. Sur cette croix j'ai attendu l'amour, pourtant elle n'est jamais venue.
Sans trop savoir comment je fini par arriver à une gare. C'est une gare aéroport et un ami m'y attend. Je n'ai plus le temps de manger le kebab que je transportais dans mon sac à dos. L'amas de graisse aurait été le bienvenu et ma confusion ne fait qu'augmenter. Je ne suis même pas surpris lorsqu'au lieu de jeter ma nourriture une dame - tout ce qu'il a de plus respectable - le prend pour nourrir ses enfants. Le temps bat dans mes veines et je peux sentir le tic tac faire vibrer mes paupières. Finalement on me laisse entrer dans le terminal et mon bateau décolle.
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